Le seuil est symbolique. Pour la première fois depuis l’élection de Donald Trump, le bitcoin est repassé sous les 70 000 dollars. En quatre mois, la cryptomonnaie a perdu près de 50 % de sa valeur après avoir inscrit un sommet historique au-dessus des 120 000 dollars début octobre 2025. Un mouvement brutal qui rappelle à quel point le bitcoin demeure un actif structurellement volatil, même après plus de quinze ans d’existence.
Faut-il y voir le début d’un nouveau cycle baissier durable ou une simple correction de marché dans un contexte macroéconomique tendu ? La question se pose d’autant plus que, paradoxalement, plusieurs acteurs institutionnels semblent profiter du repli pour renforcer leurs positions. Le marché est-il en train de purger ses excès, ou de préparer la prochaine phase haussière ?
Découvrez notre offre pour investir en cryptomonnaies >>

Nos conseils pour investir et les opportunités du moment
Une correction déclenchée par le choc macro et l’éclatement de la bulle des métaux
La chute récente du bitcoin ne peut être analysée isolément. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de reconfiguration des flux d’investissement mondiaux. L’or et l’argent, qui avaient connu une envolée spectaculaire au second semestre 2025, ont brutalement corrigé. Cette phase a été qualifiée par plusieurs analystes d’« éclatement de bulle » sur les métaux précieux.
Selon le cabinet Bernstein, nous traversons un marché baissier à court terme alimenté par deux facteurs majeurs : la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine et la remontée du dollar qui s’en est suivie. La perspective d’une politique monétaire plus orthodoxe, voire plus restrictive en matière de liquidité, a provoqué une liquidation rapide des actifs considérés comme alternatifs ou spéculatifs.
Le bitcoin n’a pas échappé à ce mouvement. Contrairement à l’idée d’un actif totalement décorrélé, il demeure très sensible aux conditions de liquidité mondiale. Lorsque le dollar se renforce et que les anticipations de resserrement monétaire s’intensifient, les actifs risqués sont mécaniquement sous pression.
La chute ne s’est pas produite en une seule séance. Elle s’est déroulée en deux vagues distinctes. Une première en octobre, déclenchée par l’annonce de nouveaux droits de douane massifs et de restrictions technologiques envers la Chine. Une seconde en janvier, alimentée par les incertitudes liées à la gouvernance de la Fed et aux risques de contraction de liquidité.
Nous vous accompagnons dans votre stratégie d'investissement en Cryptomonnaie
Contactez nos experts ou remplissez le formulaire en ligne. Recevez une stratégie d'investissement en Cryptomonnaie adaptée à vos objectifs.
Une rotation sectorielle déjà en cours chez les institutionnels
Ce qui distingue cette correction des précédentes est la nature des flux observés en coulisses. Plusieurs grandes institutions ne semblent pas considérer la baisse actuelle comme un signal de sortie définitive, mais plutôt comme une opportunité d’accumulation.
JP Morgan évoque un possible retour des capitaux qui avaient migré vers les matières premières durant l’été 2025. Selon la banque, la surchauffe des métaux a absorbé une partie de la liquidité spéculative. Leur correction pourrait entraîner une rotation sectorielle au bénéfice du bitcoin.
Les données on-chain confirment cette lecture. Les détenteurs long terme, définis comme ceux conservant leurs bitcoins depuis plus de 155 jours, recommencent à accumuler. Par ailleurs, 94 % des investisseurs en ETF bitcoin ont conservé leurs positions malgré la baisse. Ce chiffre est particulièrement significatif. Il suggère que la base institutionnelle ne cède pas à la panique.
Le cas de Strategy illustre cette conviction. L’entreprise a récemment ajouté 855 bitcoins supplémentaires à sa trésorerie, portant son stock total à plus de 713 000 unités. Cette stratégie d’accumulation continue, indépendamment du prix de marché, traduit une vision structurelle plutôt que spéculative.
Recevez nos recommandations en Cryptomonnaie
Complétez le formulaire en 2min. Et recevrez nos recommandations en Cryptomonnaie, adaptées à votre profil et votre stratégie d'investissement.
Binance et la sécurisation en bitcoin : un signal stratégique
Un autre élément mérite attention. Binance, première plateforme mondiale d’échange de cryptomonnaies, a annoncé la conversion d’un milliard de dollars issus de son fonds de garantie SAFU en bitcoin. Une première tranche de 100 millions a déjà été réalisée.
Au-delà du volume, le signal est fort. Le fonds SAFU est destiné à protéger les utilisateurs en cas d’incident majeur. Décider de le détenir en bitcoin plutôt qu’en stablecoins adossés au dollar traduit une évolution stratégique. Pour un acteur aussi central que Binance, la sécurité à long terme passe désormais en partie par la détention directe de bitcoin.
Cette décision constitue un indicateur de confiance interne dans la robustesse du réseau et dans son potentiel à long terme.
La normalisation institutionnelle se poursuit en Europe
La dynamique ne se limite pas aux États-Unis. En Allemagne, ING a ouvert à ses clients l’accès à des ETP adossés au bitcoin, à l’ethereum et à solana via leurs comptes-titres traditionnels. Ces produits, cotés à la Bourse de Francfort et émis par des acteurs comme iShares, Bitwise ou VanEck, permettent une exposition réglementée sans gestion technique des clés privées.
Ce mouvement marque une étape supplémentaire dans la fusion entre finance traditionnelle et actifs numériques. Les banques généralistes intègrent progressivement les cryptoactifs dans leur offre standardisée. L’accès devient plus simple, plus transparent et plus institutionnel.
Cette évolution contribue à élargir la base d’investisseurs et à réduire le risque systémique lié aux plateformes non régulées, même si elle n’annule pas la volatilité intrinsèque du marché.
Les retraites américaines : un potentiel de 9 000 milliards de dollars
L’un des développements les plus structurants concerne le marché de l’épargne retraite américaine. Le président de la SEC, Paul Atkins, a évoqué l’intégration possible des cryptoactifs dans les plans 401(k), qui représentent environ 9 000 milliards de dollars d’actifs.
Le sujet est politiquement sensible. Les employeurs pourraient être tenus responsables si des pertes importantes survenaient. Pour contourner ce risque, la SEC envisage un encadrement professionnel strict, confiant la gestion à des spécialistes plutôt qu’aux épargnants eux-mêmes.
Si cette ouverture se concrétise, le bitcoin pourrait accéder à un réservoir de capitaux considérable. L’enjeu dépasse le court terme. Il s’agit d’une transformation structurelle du statut des cryptoactifs au sein du système financier.
Est-ce le bon moment pour y retourner ?
La question demeure centrale. Après une correction de 50 %, le bitcoin est-il redevenu attractif ?
Historiquement, les phases de forte baisse ont souvent constitué des points d’entrée intéressants pour les investisseurs de long terme. Mais chaque cycle possède ses spécificités. La corrélation au dollar et aux conditions de liquidité reste élevée. Si la politique monétaire devait se durcir davantage, la pression pourrait se poursuivre.
À l’inverse, la présence croissante d’acteurs institutionnels, la stabilité relative des ETF et les initiatives réglementaires renforcent l’idée que le bitcoin évolue progressivement vers une classe d’actifs reconnue.
Le prix sous les 70 000 dollars ne garantit rien. Il peut constituer un plancher temporaire ou une étape intermédiaire. Ce qui change fondamentalement, c’est que la correction actuelle ne semble pas déclenchée par une faillite interne à l’écosystème, mais par des facteurs macroéconomiques externes.