L’intelligence artificielle s’invite progressivement dans tous les métiers de la finance. Après avoir transformé l’analyse des données, l’évaluation des risques ou encore les outils d’aide à la décision, elle fait désormais son entrée dans l’univers des ETF. Avec le lancement de quatre ETF actifs en actions pilotés par l’IA, Pictet Asset Management ne propose pas simplement une nouvelle gamme de produits. La société de gestion suisse illustre une évolution plus profonde de l’industrie : celle d’une gestion indicielle qui cherche désormais à dépasser la simple réplication des indices, sans pour autant abandonner les principes qui ont fait son succès.
Cette évolution concerne directement les investisseurs particuliers. Les ETF sont aujourd’hui accessibles dans plusieurs enveloppes patrimoniales, notamment via une assurance-vie ou un Plan d’Épargne Retraite (PER). Ils peuvent également être intégrés dans un contrat de capitalisation, permettant de construire un portefeuille largement diversifié tout en bénéficiant des avantages fiscaux propres à chaque support. L’arrivée des ETF actifs pose toutefois une nouvelle question : la gestion indicielle peut-elle être améliorée grâce à l’intelligence artificielle sans perdre ce qui fait sa force ?

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Pictet décline son expertise sur quatre grands marchés actions
Plutôt que de lancer un produit unique, Pictet Asset Management a choisi de développer une gamme complète couvrant les principaux univers géographiques utilisés dans la construction d’un portefeuille diversifié.
Le Pictet AI Enhanced World Equity UCITS ETF (PQWD) constitue la stratégie mondiale. Il vise les investisseurs qui souhaitent conserver une exposition aux grandes entreprises internationales tout en recherchant une légère surperformance par rapport à un indice mondial classique.
Le Pictet AI Enhanced World ex US Equity UCITS ETF (PQWX) applique la même méthodologie mais exclut les actions américaines. Cette approche peut séduire les investisseurs qui considèrent que les États-Unis représentent déjà une part importante de leur patrimoine ou qui souhaitent renforcer la diversification géographique de leur allocation.
Le Pictet AI Enhanced US Equity UCITS ETF (PQUS) se concentre exclusivement sur les sociétés américaines. Il permet de rester investi sur le premier marché actions mondial tout en confiant la sélection des titres au modèle propriétaire développé par Pictet.
Enfin, le Pictet AI Enhanced European Equity UCITS ETF (PQEU) transpose cette stratégie aux actions européennes. Dans un contexte où les marchés européens retrouvent progressivement l’attention des investisseurs grâce aux thèmes de la réindustrialisation, de la souveraineté industrielle ou encore des infrastructures liées à l’intelligence artificielle, ce fonds offre une solution dédiée à cette zone géographique.
Le choix de ces quatre univers n’a rien d’anodin. Pictet ne lance ni des ETF sectoriels, ni des fonds consacrés exclusivement à l’intelligence artificielle. Au contraire, la société applique son modèle d’analyse aux grands marchés qui constituent habituellement le cœur des allocations patrimoniales. Autrement dit, ces ETF n’ont pas vocation à devenir une poche opportuniste dans un portefeuille. Ils sont pensés comme des briques de base pouvant remplacer ou compléter un ETF indiciel traditionnel.
L’ambition n’est pas de battre largement les indices de référence. La société vise une surperformance d’environ 1 % par an, nette de frais, tout en maintenant une tracking error maximale de 2 % et un bêta cible de 1.
Ces deux indicateurs traduisent une approche particulièrement disciplinée.
La tracking error mesure l’écart entre la performance d’un fonds et celle de son indice de référence. Plus elle est faible, plus le comportement du portefeuille reste proche du marché. Avec une limite fixée à seulement 2 %, Pictet accepte de s’éloigner très modérément de l’indice afin de limiter les écarts de performance, qu’ils soient positifs ou négatifs.
Le bêta cible de 1 répond à la même logique. Il signifie que le portefeuille doit évoluer globalement au même rythme que son marché de référence. Si les actions mondiales progressent de 8 %, l’objectif n’est pas de réaliser une performance radicalement différente mais d’essayer de faire légèrement mieux grâce à une sélection plus pertinente des entreprises. À l’inverse, si les marchés reculent, ces ETF resteront naturellement exposés à cette baisse.
Ce point mérite d’être souligné, car il distingue profondément cette approche de certaines stratégies actives beaucoup plus offensives.
Pictet ne promet pas une révolution de la gestion indicielle. La société cherche plutôt à améliorer un modèle qui a déjà fait ses preuves, en essayant de générer un supplément de performance sans modifier de manière significative le profil de risque de l’investisseur.
C’est précisément ce que les professionnels appellent l’enhanced indexing, ou gestion indicielle améliorée.
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Plus qu’un ETF, Pictet mise sur un moteur propriétaire d’intelligence artificielle
Derrière ces quatre ETF se cache en réalité une innovation beaucoup plus importante que leur format lui-même : le moteur d’intelligence artificielle développé par Pictet.
L’erreur serait de croire que l’intelligence artificielle décide seule des investissements. Ce n’est pas le cas.
Le modèle propriétaire conçu par les équipes quantitatives de la société de gestion intervient essentiellement dans la phase de sélection des titres. Son rôle consiste à analyser une quantité considérable de données financières, comptables et boursières afin d’identifier des relations que des méthodes d’analyse plus traditionnelles peinent parfois à mettre en évidence.
L’intelligence artificielle devient ainsi un outil capable de traiter simultanément des milliers de variables, de détecter des corrélations complexes et d’évaluer en continu l’évolution de ces relations à mesure que de nouvelles informations apparaissent. Cette capacité d’analyse nourrit ensuite un système automatisé chargé d’optimiser la composition du portefeuille. Mais c’est précisément là que réside l’originalité de l’approche de Pictet.
Contrairement à l’image souvent véhiculée autour de l’intelligence artificielle, le modèle n’agit jamais sans contrôle humain. Les spécialistes quantitatifs de Pictet sont intervenus dès sa conception. Ils continuent de l’entraîner tous les trimestres, suivent son comportement au quotidien et supervisent les décisions d’investissement. L’intelligence artificielle ne remplace donc pas le gérant. Elle enrichit sa capacité d’analyse.
La société met également en avant une stratégie dite factor neutral. Derrière cette expression technique se cache une idée relativement simple. Les performances recherchées ne doivent pas provenir d’une surexposition aux grands facteurs de marché — comme les valeurs de croissance, les entreprises décotées, les petites capitalisations ou les valeurs de momentum — mais bien de la capacité du modèle à identifier des opportunités propres à chaque entreprise.
Autrement dit, l’alpha recherché ne dépend pas d’un pari sur un style de gestion particulier. Il résulte du travail d’analyse réalisé par le moteur d’intelligence artificielle.
C’est probablement l’élément le plus différenciant de la stratégie de Pictet. Là où de nombreux ETF dits « intelligents » reposent essentiellement sur des filtres factoriels déjà largement connus, la société suisse cherche à créer une nouvelle source de valeur grâce à un modèle propriétaire entraîné en continu.
La véritable innovation n’est donc pas l’ETF. Elle réside dans le processus de sélection qui l’alimente.
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Le succès de Quest AI-Driven Global Equities explique le passage au format ETF
Le lancement de cette nouvelle gamme n’est pas le fruit du hasard. Avant de proposer ces stratégies sous forme d’ETF, Pictet Asset Management a d’abord éprouvé son approche au travers d’un fonds traditionnel : Pictet – Quest AI-Driven Global Equities.
Créé en mars 2024, ce fonds constitue aujourd’hui la vitrine de la gestion quantitative pilotée par l’intelligence artificielle développée par la société suisse. En un peu plus de deux ans, il a attiré plus de 3 milliards de dollars d’encours et affiché une progression de 50 %, contre 45,9 % pour son indice de référence, le MSCI World, sur la même période.
Ces chiffres doivent naturellement être interprétés avec prudence. Les performances passées ne préjugent jamais des performances futures et une période de deux ans reste relativement courte à l’échelle des marchés financiers. Il serait donc excessif d’y voir la preuve définitive de la supériorité d’un modèle d’intelligence artificielle.
En revanche, ils apportent une validation commerciale importante. Si Pictet choisit aujourd’hui de décliner cette stratégie sous forme d’ETF, c’est parce que les investisseurs semblent avoir adhéré à cette approche. L’enjeu consiste désormais à la rendre plus accessible. Ce passage du fonds traditionnel vers l’ETF répond également à une évolution plus large de l’industrie de la gestion d’actifs.
Depuis plusieurs années, les investisseurs recherchent des solutions offrant davantage de transparence, des frais maîtrisés et une meilleure liquidité. Les ETF répondent précisément à ces attentes. Ils sont négociables en Bourse tout au long de la séance, publient généralement leur portefeuille de manière régulière et affichent des coûts souvent inférieurs à ceux des fonds actifs classiques.
Pendant longtemps, cette structure était essentiellement associée à la gestion passive. Aujourd’hui, la frontière s’estompe. Les ETF actifs connaissent une croissance rapide, notamment aux États-Unis, où ils représentent désormais l’un des segments les plus dynamiques de l’industrie de la gestion. L’Europe suit progressivement la même trajectoire, même si son marché reste encore plus jeune.
Les ETF actifs pilotés par l’IA ouvrent une nouvelle voie, sans faire disparaître la gestion traditionnelle
L’utilisation de l’intelligence artificielle dans la gestion d’actifs nourrit souvent deux visions opposées. La première imagine une révolution imminente où les algorithmes remplaceraient progressivement les gérants traditionnels. La seconde considère ces outils comme un simple argument marketing destiné à accompagner l’engouement actuel autour de l’intelligence artificielle. La réalité se situe probablement entre ces deux lectures.
Le lancement de Pictet montre avant tout que l’IA devient un nouvel outil d’analyse au service de la gestion de portefeuille. Elle ne fait pas disparaître le rôle du gérant, pas plus qu’elle ne garantit une surperformance systématique.
D’ailleurs, la société suisse reste particulièrement mesurée dans ses objectifs. Chercher à produire environ 1 % d’alpha annuel avec une tracking error limitée traduit une approche beaucoup plus prudente que la promesse de battre largement les marchés.
Cette modestie est sans doute l’un des aspects les plus crédibles de la stratégie. Les marchés financiers sont complexes, fortement concurrentiels et largement analysés. Imaginer qu’un modèle d’intelligence artificielle puisse générer durablement plusieurs points de performance supplémentaires chaque année relèverait probablement d’une promesse difficile à tenir.
En revanche, tenter d’améliorer progressivement une sélection de titres tout en conservant une discipline de gestion stricte apparaît plus réaliste. Cela ne signifie pas que cette approche fonctionnera dans tous les environnements de marché.
Comme toute stratégie quantitative, elle dépend de la qualité des données utilisées, de la pertinence du modèle développé et de sa capacité à s’adapter lorsque les comportements des marchés évoluent. Un algorithme entraîné sur des données historiques peut perdre en efficacité si les relations qu’il exploite disparaissent ou changent durablement.
C’est précisément pour cette raison que Pictet continue d’entraîner son modèle tous les trimestres et maintient une supervision humaine permanente.
Pour les investisseurs particuliers, ces ETF peuvent trouver leur place au sein d’une allocation diversifiée, en complément d’autres supports d’investissement. Leur intérêt ne réside pas uniquement dans l’intelligence artificielle, mais dans la possibilité d’accéder à une gestion active tout en conservant les caractéristiques qui ont fait le succès des ETF : transparence, simplicité et coûts relativement maîtrisés.