La saison des résultats du deuxième trimestre 2026 s’ouvre sur un paradoxe. Les entreprises européennes pourraient enregistrer leur plus forte croissance bénéficiaire depuis plus de trois ans, alors même qu’elles évoluent dans un environnement particulièrement contraignant : droits de douane américains, énergie plus chère, croissance européenne modeste et concurrence technologique toujours plus intense.
À première vue, les prévisions sont encourageantes. Les bénéfices des entreprises du Stoxx Europe 600 sont attendus en progression d’environ 15,3 % sur un an. Mais cette performance doit être interprétée avec prudence. Hors secteur énergétique, la croissance tomberait autour de 6 %, très loin de celle anticipée aux États-Unis.
La question n’est donc pas seulement de savoir si les entreprises européennes vont dépasser les attentes. Il faut déterminer si l’amélioration de leurs résultats est suffisamment large et durable pour justifier une revalorisation des actions européennes.
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Des droits de douane américains désormais installés dans le paysage
La comparaison avec les précédentes saisons de résultats doit tenir compte d’un changement majeur : les droits de douane américains ne constituent plus une menace hypothétique.
Le 25 juin 2026, le Conseil de l’Union européenne a définitivement adopté les textes mettant en œuvre les engagements tarifaires conclus avec les États-Unis. L’Union européenne supprime notamment ses droits résiduels sur les produits industriels américains et accorde un accès préférentiel à certains produits agricoles et maritimes.
En contrepartie, la majorité des produits européens entrant sur le marché américain restent soumis à un droit de douane de 15 %. Le dispositif est entré pleinement en application au début du mois de juillet 2026. Il apporte une certaine visibilité aux entreprises, mais entérine également une dégradation des conditions d’accès au marché américain.
Pour les groupes européens, l’incidence dépend de leur modèle économique. Une entreprise disposant d’usines aux États-Unis sera généralement moins exposée qu’un exportateur produisant exclusivement en Europe. Les conséquences dépendront également de la capacité à augmenter les prix, à négocier avec les distributeurs ou à réorganiser les chaînes de production.
Les publications du deuxième trimestre devront donc être analysées au-delà du chiffre d’affaires et du bénéfice net. Les investisseurs surveilleront surtout les marges, les volumes vendus, les investissements réalisés aux États-Unis et les éventuelles révisions des objectifs annuels.
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Une croissance européenne largement soutenue par l’énergie
Selon les données de marché recueillies par Reuters, les bénéfices des grandes entreprises européennes pourraient progresser de 15,3 % au deuxième trimestre. Il s’agirait de leur meilleure performance depuis plus de trois ans.
Mais cette croissance est loin d’être homogène. Elle repose en grande partie sur les entreprises pétrolières et gazières, bénéficiaires de la hausse des cours de l’énergie provoquée par les tensions géopolitiques.
En excluant ce secteur, la progression attendue des résultats du Stoxx Europe 600 serait ramenée autour de 6 %. Cette distinction est essentielle : une forte hausse des bénéfices concentrée sur quelques groupes énergétiques ne produit pas le même signal qu’une amélioration généralisée de l’activité. Reuters souligne cette forte dépendance de la saison européenne au secteur énergétique.
Les publications des banques, des industriels, des constructeurs automobiles, des groupes de luxe et des entreprises technologiques permettront de mesurer la véritable profondeur du rebond.
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Automobile et industrie : le test des marges
L’automobile européenne figure parmi les secteurs les plus directement exposés aux tensions commerciales.
Volkswagen reconnaissait dès le premier trimestre 2026 que les droits de douane américains, l’intensification de la concurrence chinoise et la transformation de son modèle industriel pesaient sur ses performances. Son chiffre d’affaires trimestriel avait reculé de 2 % et son résultat opérationnel de 14,3 % sur un an. Le groupe avait également enregistré une baisse de 7 % de ses ventes mondiales.
La saison du deuxième trimestre permettra de savoir si les constructeurs réussissent désormais à compenser les droits de douane par des hausses de prix, des économies ou une production plus locale.
Le même raisonnement vaut pour les industriels européens. Les entreprises capables de produire directement aux États-Unis ou de répercuter leurs coûts sur leurs clients devraient mieux résister. À l’inverse, celles qui opèrent sur des marchés très concurrentiels risquent de devoir absorber une partie des droits de douane dans leurs marges.
ASML illustre la capacité de résistance des champions européens
Toutes les entreprises européennes ne sont cependant pas confrontées aux mêmes difficultés.
ASML a publié le 15 juillet des résultats supérieurs aux attentes. Le groupe néerlandais a réalisé 9,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires au deuxième trimestre, avec une marge brute de 54 % et un résultat net de 2,9 milliards d’euros.
La direction a surtout relevé ses prévisions pour l’ensemble de l’année. Elle attend désormais un chiffre d’affaires compris entre 43 et 45 milliards d’euros en 2026, contre une fourchette de 34 à 39 milliards annoncée en début d’année. Les résultats complets sont disponibles auprès d’ASML.
ASML bénéficie d’une position technologique exceptionnelle dans les équipements nécessaires à la fabrication des semi-conducteurs avancés. Le développement de l’intelligence artificielle continue de stimuler les investissements des fabricants de puces et des exploitants de centres de données.
Cette publication confirme l’existence de champions européens capables de participer au cycle technologique mondial. Elle ne doit toutefois pas conduire à extrapoler la performance d’ASML à l’ensemble de la cote européenne.
Technologie et intelligence artificielle : des résultats solides ne suffisent plus
L’intelligence artificielle reste l’un des principaux moteurs de croissance des marchés actions en 2026. Les dépenses consacrées aux puces, aux centres de données, aux réseaux et aux capacités énergétiques continuent de soutenir les résultats de nombreuses entreprises.
Fidelity International considère que l’IA constitue l’un des thèmes déterminants de l’année 2026. Mais la société de gestion invite également à tenir compte de deux risques : le niveau élevé des valorisations et la concentration des performances sur un nombre limité d’entreprises.
Dans son analyse d’allocation publiée en juillet, Fidelity souligne que les investissements liés à l’IA continuent de soutenir les bénéfices américains, tout en privilégiant une exposition thématique ciblée plutôt qu’une exposition indifférenciée à l’ensemble du marché. Cette analyse est développée dans son allocation mondiale de juillet 2026.
Cette vigilance est d’autant plus justifiée que les attentes sont devenues considérables. Une entreprise technologique peut publier une croissance élevée et néanmoins voir son cours reculer si elle ne dépasse pas suffisamment le consensus ou si ses prévisions apparaissent décevantes.
L’attention des investisseurs devrait notamment porter sur quatre indicateurs :
- la progression des revenus directement attribuables à l’IA ;
- les dépenses d’investissement engagées pour développer les infrastructures ;
- la capacité de ces dépenses à générer des flux de trésorerie ;
- l’évolution des marges après plusieurs années d’investissements massifs.
Le risque n’est pas nécessairement que l’intelligence artificielle soit une bulle dépourvue de substance économique. La technologie produit déjà des investissements et des revenus tangibles. Le danger réside davantage dans le prix payé pour accéder à cette croissance et dans l’idée que toutes les entreprises associées à l’IA en seront durablement bénéficiaires.
Les bénéfices américains conservent une nette avance
Le contraste avec les États-Unis reste marqué. FactSet estimait, à la mi-juillet, que les bénéfices du S&P 500 pourraient progresser de 24,7 % au deuxième trimestre 2026.
Les « Magnificent Seven » afficheraient une croissance bénéficiaire d’environ 31,1 %, mais le reste de l’indice ne serait pas en retrait complet. Les 493 autres entreprises du S&P 500 pourraient enregistrer une progression proche de 22,8 %.
Cette diffusion constitue un signal important. La croissance américaine ne repose plus exclusivement sur les plus grandes plateformes technologiques, même si les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et l’énergie restent des contributeurs majeurs.
Fidelity observe également que près de 60 % des révisions de bénéfices aux États-Unis demeuraient orientées à la hausse à la mi-juillet. Le rythme des relèvements ralentit, mais il reste supérieur à celui des révisions négatives.
La supériorité de la croissance bénéficiaire américaine explique une partie de l’écart de valorisation avec l’Europe. Elle ne supprime toutefois pas le risque lié à des multiples élevés, notamment dans la technologie.
Actions européennes : décote attractive ou faiblesse justifiée ?
Les actions européennes restent généralement moins valorisées que les actions américaines. Cette décote peut constituer une opportunité si les résultats s’améliorent durablement et si la croissance bénéficiaire s’étend à davantage de secteurs.
Mais une valorisation plus faible n’est pas automatiquement synonyme de sous-évaluation. Elle peut aussi refléter :
- une croissance économique moins dynamique ;
- une moindre exposition aux technologies les plus porteuses ;
- des coûts énergétiques plus importants ;
- une plus forte sensibilité au commerce mondial ;
- une fragmentation politique et réglementaire ;
- une progression des bénéfices moins régulière.
La saison de résultats doit donc permettre de distinguer les entreprises simplement peu valorisées de celles dont le potentiel est réellement sous-estimé.
Dans cet environnement, la sélection des entreprises, des secteurs et des zones géographiques peut compter davantage que l’évolution générale des indices.
Les points à surveiller pendant la saison des résultats
Les investisseurs devront accorder une attention particulière à plusieurs éléments :
- l’incidence chiffrée des droits de douane sur les marges ;
- les révisions des objectifs pour l’ensemble de 2026 ;
- la capacité des entreprises à augmenter leurs prix sans perdre de volumes ;
- les projets d’implantation ou de production aux États-Unis ;
- l’évolution de la demande chinoise ;
- les dépenses consacrées à l’intelligence artificielle ;
- les premiers éléments permettant de mesurer leur rentabilité ;
- l’écart de croissance entre l’énergie et les autres secteurs.
Une publication supérieure aux attentes ne suffira pas toujours. Les marchés chercheront surtout à savoir si les entreprises disposent encore de relais de croissance pour 2027.
Ce qu’il faut retenir
La saison des résultats du deuxième trimestre 2026 pourrait confirmer une amélioration spectaculaire des bénéfices européens. Mais les chiffres agrégés devront être interprétés avec précaution.
La hausse attendue repose encore largement sur l’énergie, tandis que l’automobile et certaines activités industrielles commencent à mesurer le coût des droits de douane américains. Parallèlement, des groupes comme ASML démontrent que l’Europe conserve des positions stratégiques dans la chaîne de valeur technologique mondiale.
La technologie et l’intelligence artificielle demeurent des moteurs d’investissement puissants. Elles appellent toutefois une vigilance accrue : concentration des performances, valorisations exigeantes, dépenses colossales et nécessité de démontrer un véritable retour sur investissement.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les investissements en actions présentent un risque de perte en capital.